La Mercerie en Charente

 

 
Le Château de La Mercerie, le petit Versailles charentais ou encore le rêve fou des frères Réthoré, est situé au cœur du département de la Charente, à 20 kilomètres environ au sud d'Angoulême sur la commune de Magnac-Lavalette-Villars.
Le village compte 366 habitants et fait partie du canton de Villebois-Lavalette, de la communauté de Communes d'Horte et Lavalette, en Pays d'Horte et Tardoir.
  Histoire récente du château de La Mercerie

Grâce à la générosité d'un oncle, Raymond et Alphonse Réthoré s'installent à La Mercerie en 1924 dans le petit manoir du XIXe siècle situé à l'extrême gauche de la façade de l'édifice actuel.

Dans les années trente, les deux frères entreprennent l'agrandissement du château sous la direction d'Alphonse qui renonce à ses études de médecine pour se consacrer à l'architecture.
En 1932, Raymond devient maire de Magnac. Il est élu du Front populaire sur une liste radicale-socialiste, réélu de 1958 à 1978, il passe alors sous la bannière gaulliste. Ami du général (il lui sert d'interprète en Russie) le député mène une vie de voyageur impénitent. Il écume les ventes publiques et rapporte de l'étranger peintures, lustres, lambris, azulejos qui meubleront le nouvel édifice. Un restaurateur italien est en charge des collections quatre mois par an, à son actif l'adaptation des toiles à la structure intérieure (un "Triomphe du Christ" d'une tonne est hissé à 8 m 70 pour un plafond).
Pendant les années fastes, la construction du bâtiment et l'accumulation de trésors, tels peintures de maîtres italiens, marbres, boiseries et statuaire, sont devenues les principales occupations des deux frères.
En 1970, les travaux sont interrompus faute de moyens.
En 1982, une proposition de legs au profit de l'Assemblée Nationale est soldée par un refus. Même chose pour la Ville d'Angoulême, qui hérite cependant de cinq mille volumes de la bibliothèque des Réthoré.
En 1983, Alphonse décède, puis Raymond en 1986.
Trois millions d'arriérés envers le fisc, menace de saisie exécutoire, droits de succession cauchemardesques : une vente aux enchères est organisée par Bernard Charennac, légataire universel ; elle a lieu en 1987.

Depuis 1988, le Château de La Mercerie est la propriété de M. Bernard Steinitz, antiquaire parisien sur le faubourg Saint-Honoré. Il possède également un atelier de restauration à Saint-Ouen (inventaire de décors intérieurs des XVIIe et XVIIIe siècles).

 

 
La Mercerie est inscrite à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis 1988
L'inscription concerne la façade sud-ouest du château et tous les décors intérieurs conçus par les frères Réthoré.
Au rez-de-chaussée : la chambre de Béruges, le salon central, le salon du Vernet, le vestibule, la Galerie d'Acajou, la grande Galerie des Azujelos, la Galerie des Vernet, le bureau de Raymond Réthoré, le salon et la bibliothèque.
Au premier étage : les chambres de Raymond et d'Alphonse.Site constitué de :

La propriété de M. Bernard Steinitz

- pour une part, du château tel qu'il était lors du décès des deux frères :
un manoir du XIXe siècle (espace intérieur composé de 18 pièces dont 12 inscrites, soit environ 1000 m2) prolongé de bâtiments et de façades (colonnades et balustres pastiches du château de Versailles) construits au XXe siècle, sur 220 mètres de longueur en tout, 20 mètres de profondeur et 15 mètres de hauteur environ.
Les bâtiments sont érigés sur un promontoire faisant face à une très belle vue sur la campagne charentaise.
Au pied de l'édifice (ancien jardin à l'italienne) : une esplanade dégagée et aménagée d'allées de buis permettent de masquer les chemins réservés aux véhicules. Le terrain situé sur le devant du Château a été nettoyé depuis la tempête de 1999 et conserve de beaux spécimens de cèdres du Liban et de cyprès bordant la route départementale en contrebas.

- d'autre part, d'une cinquantaine d'hectares de bois dans lesquels nous pouvons retrouver les essences végétales rares rapportées par Raymond Réthoré lors de ses voyages, dans le but de créer un arboretum. L'essentiel des espaces boisés se trouvent au dos (Nord-Est) de l'édifice.

La propriété de la commune de Magnac-Lavalette-Villars

- Un terrain de 4 hectares à l'Ouest de la propriété de M. Steinitz, desservi par les routes départementales 81 et 34 et acquis dans les années 80 par la municipalité.

- La Grange, ancienne ferme en très mauvais état général, est située au pied sud-ouest du Château, son terrain est longé par la route départementale 81 qui dessert Angoulême et Magnac. Acquise en 1999, elle est constituée de deux corps de bâtiment distincts et est en cours de réfection. La fin des travaux est prévue pour 2003.

La commune pourrait s'engager à intégrer les deux acquisitions au projet culturel du site.

Le Projet

Le site est connu de la population charentaise comme un lieu de prestige. Quelques-uns des visiteurs de La Mercerie sont fameux et célèbres (Malraux et Arrabal).
Pour les autochtones il est bien plus que le souvenir magnifique d'une époque de fastes.
Nombreux sont encore les natifs de la région qui viennent se recueillir sur les tombes de Raymond et d'Alphonse Réthoré au cœur même de l'édifice : deux plaques commémoratives indiquent la présence discrète des deux hommes sur deux piliers à l'extrémité est de la façade. Le château reste le symbole d'un patrimoine affectif indéniable et l'héritage d'un passé politique qui a su laisser ses marques sur un site naturel remarquable.
La promenade n'est pas seulement dominicale, elle reflète l'engouement, le plaisir avoué et reconnu de ceux qui, un jour, rencontrent fortuitement le rêve fou des frères Réthoré.

Au même titre que l'on construisait ces Folies aux XVIIe et XVIIIe siècles, l'extravagance mégalomaniaque vouée au plaisir et à la culture de notre passé, ne se doit-t-elle pas d'y revenir en plein partage et s'engager à l'accessibilité de tous à l'aventure de notre temps ?

Il est passionnant de mobiliser les énergies pour sauver d'un triste sort cette Folie, héritage patrimonial précieux, afin qu'il devienne un moyen évident et innovant du développement du territoire.

Des soutiens et des efforts se sont manifestés :

M. Bernard Steinitz a fait restaurer la toiture de la Grande Galerie des Azulejos et a engagé l'été dernier des travaux de nettoyage du Parc qui sont effectués par deux personnes sous contrat.
Depuis son achat en 1988 le bâtiment n'avait bénéficié d'aucun entretien significatif.

M. Didier Jobit, maire de Magnac-Lavalette-Villars œuvre à la réhabilitation de La Mercerie. Il reste intimement convaincu, comme la majorité des habitants de la commune, que l'édifice fait partie de de leur Histoire, et sont tous enthousiastes pour sa sauvegarde. Ils ont déjà lancé nombre d'appels au secours, par voie de presse, aux élus de la région et aux instances culturelles concernées.

D'autre part, M. Jean-Claude Viollet, député de la Charente s'est lui-aussi investit personnellement dans la sauvegarde du site en rencontrant à plusieurs reprises M. Steinitz. Il lui propose la création d'un Centre d'art contemporain, dans le prolongement des utopies qui ont fait naître le projet de Raymond Réthoré. Expositions, résidences d'artistes, activités de spectacles, rencontres littéraires et installations d'œuvres d'artistes internationaux dans le parc sont autant d'actions d'un projet qui ne peut que séduire le propriétaire amateur d'art pour faire revivre La Mercerie et l'ouvrir au public.

Un projet culturel d'envergure peut raisonnablement être envisagé pour le site de La Mercerie.

Les mille et unes folies des deux frères Réthoré ne sauraient s'éteindre définitivement à l'aube du XXIe siècle. Le décor invraisemblable imaginé par ces esthètes originaux et généreux ne peut qu'accueillir un projet à la hauteur de leurs espérances. Puisque le temps a posé là les traits d'une création délirante, l'histoire inusable autorise la lecture d'une passion ravivée.

Lieu de culture pour un partage de la culture, le projet de La Mercerie semble destiné à un avenir prometteur dans une région encore dépourvue de Centre d'art contemporain labelisé comme tel par le Ministère de la Culture. L'Association des Directeurs de Centres d'Art (DCA) décompte à ce jour une trentaine de ces lieux dédiés à la création contemporaine sur la France entière, répartis dans toutes les régions et localisés aussi bien en milieu urbain que rural. Les Centres d'art contemporains les plus proches se situent à Tours (CCC), dans le Limousin (Vassivières et Meymac) et à Bordeaux (CAPC) non conventionné.
La région Poitou-Charentes compte cependant un lieu d'importance, le Château d'Oiron, situé dans le nord des Deux-sèvres. Propriété de l'État, il est un modèle du genre de notoriété internationale pour sa connivence totale entre patrimoine historique et art contemporain.

Un statut juridique à étudier

Un Centre d'art contemporain géré par un système associatif peut apporter une grande liberté d'action de nature à mobiliser de nombreuses énergies locales. La fédération des amateurs du site autour du projet serait une réponse de juste continuité au souvenir des Frères Réthoré. Leur goût pour l'Art, l'Architecture et le Paysage peut être le fil conducteur du projet culturel, pour une pérennisation de leur œuvre.

Mise en valeur du patrimoine et renaissance du château : les maîtres mots à penser

L'ouverture au public doit être le générateur de la réhabilitation du lieu, le but principal à atteindre. Tous les publics sont sollicités, populations locales et internationales, amateurs d'art, amateurs de patrimoine, initiés et néophytes en matière d'art d'aujourd'hui, publics scolaires, touristes etc.

Un centre d'art qui aurait pour vocation la sensibilisation des publics aux œuvres contemporaines serait la continuité de l'engagement initial. Il devient une structure évidement génératrice de partenariats entre les différents acteurs culturels, industriels et institutionnels. L'envergure européenne des actions à mener est entreprise dès le premier engagement, pour un site de prestige qui a lui seul, suffit à attirer l'attention de tous.

Les activités d'expositions, de représentations, de productions d'œuvres et de résidences d'artistes installent une base sur laquelle peuvent s'articuler les exigences multidisciplinaires qu'impose le site, de par son architectonie et son emplacement géographique.
Un développement large des interactions avec des secteurs d'activités artistiques différents est nécessaire pour créer des événements diversifiés et susciter l'intérêt de publics d'horizons divers.

Penser le projet dans une politique de démocratisation culturelle permet d'envisager de multiples champs de l'art : les Arts plastiques, la Danse, la Musique, la Poésie, la Littérature, l'Architecture, le Théâtre, le Cinéma contemporains, autant de facteurs privilégiant l'accès à la culture dans toute sa diversité.

 

 
Un Centre d'Art Contemporain est un lieu de ressources et d'expérimentations. Il garantit la liberté de création, le soutien aux artistes et à leurs recherches ainsi que la diffusion de leur travail.
Il est un des éléments moteurs de la création contemporaine en région.

Le site de La Mercerie devient un acteur de la décentralisation culturelle en proposant des expositions d'artistes plasticiens contemporains dans les salles du château et les divers espaces du site :

Les espaces intérieurs du château :

pour les pièces classiques (jusqu'au XIXe siècle)
un cabinet classique, avec prêts ou dépôts d'œuvres de musées de la région
un cabinet moderne, avec prêts d'œuvres du FNAC, Musées d'art moderne
un cabinet de curiosités, présentant des pièces de M. Steinitz et/ou de collectionneurs d'objets rares

pour les pièces contemporaines (œuvres du XXe et XXIe siècles)
un cabinet de dessins
un cabinet érotique
un cabinet d'écoute, présentant des pièces sonores
un cabinet vidéo
un cabinet multimédia/nouvelles technologies
un cabinet FRAC, proposant les pièces acquises par le FRAC Poitou-Charentes
un cabinet découverte, pour la présentation du travail d'un jeune artiste (ou résidence)
la grande galerie, réservée à l'exposition monographique d'un artiste de renom (et aménagée
pour accueillir les spectacles et les rencontres événementiels)

Les espaces extérieurs (le parc) seront destinés aux activités événementielles, telles que œuvres éphémères ou installations provisoires, performances, spectacles d'art vivant, etc.
Le bois, réhabilité arboretum, aura la mission supplétive d'accueillir visiteurs et amoureux des essences végétales rares, avec parcours didactique.

L'appartement situé dans l'aile est sera dédiée à l'accueil d'artistes en résidence (atelier/logement)

Une partie de La grange devient le lieu d'accueil du public, avec documentations sur le site, point de rencontre et de restauration etc.

Les lieux d'intendance :

au château :
un espace librairie-médiathèque
un espace de stockage
un atelier technique
bureaux
toilettes etc.

à l'extérieur de la propriété :
aménagement de circuits piétonniers
un parking géré par la commune, au titre de sa propriété (gratuité souhaitée)

Pour une définition exigeante des objectifs

Le projet sera élaboré en concertation avec les administrations des collectivités territoriales et des ministères concernés.

Quels moyens ?

La restauration du château reste à la charge du propriétaire. La conservation régionale des Monuments historiques peut apporter une aide financière judicieuse et des conseils avisés.

La restauration et la conservation de l'arboretum sont nécessaires et doivent être soumis à une évaluation du patrimoine végétal par un organisme spécialisé (aides et/ou partenariats possibles des services régionaux du Ministère de l'Agriculture et de l'environnement, voire de l'Office National des Forêts).
Le ré-aménagement des espaces verts "à l'italienne" comme le souhaitaient les deux frères, peut faire l'objet d'une collaboration avec les Lycées Agricoles de la région dans le cadre de la convention Culture/Agriculture, ainsi que d'une recherche de mécénat auprès d'entreprises privées.

Quel statut juridique ?

Une association (loi 1901) pour la gestion du centre d'art semble être la structure la plus adéquate. Le siège social étant établi à La Mercerie, le bureau sera constitué des membres fondateurs (le propriétaire, un représentant de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, un représentant du Conseil Régional, un représentant du Conseil Général, un représentant du Pays d'Horte et Tardoir, un représentant de la Communauté de Communes).

Une convention pluriannuelle d'objectifs peut être envisagée entre l'état (DRAC), les collectivités territoriales concernées (Conseil Régional Poitou-Charentes, Conseil Général de la Charente) et l'association, afin que cette dernière puisse mener ses activités au service de la communauté, donc bénéficier de subventions publiques.
Pour ses interventions internationales, le centre d'art peut également solliciter des fonds européens.
Le Directeur régional des Affaires culturelles et le Conseiller pour les arts plastiques, DRAC Poitou-Charentes seront sollicités pour l'évaluation du projet et sa mise en œuvre.

Les appuis ?

Dans l'ambition de redonner sa magnificence à La Mercerie et de valoriser son patrimoine, M. Steinitz donnerait l'impulsion nécessaire au démarrage du projet en entamant progressivement les travaux.

La Mairie de Magnac-Lavalette-Villars, la Communauté de Communes d'Horte et Lavalette et Le Pays d'Horte et Tardoir sont les partenaires directement concernés et attentifs du projet, la qualité d'animation étant un avantage indéniable au développement de ce territoire.

Aides et subventions peuvent être obtenues sur des volontés d'actions croisées. Partenaires des projets des territoires, partenaires de décentralisation de la culture, partenaires privés, tous seront sollicités, dans un but unique : la renaissance de La Mercerie et son émergence sur la scène publique.

Mise en œuvre

Les partenaires (privés/publics) seront à l'origine de la mise en œuvre en lançant une étude de faisabilité.

M. Viollet, Député de La Charente, propose l'idée d'une rencontre des différents acteurs œuvrant à la mise en place du projet culturel de La Mercerie, pour une définition exacte des missions à accomplir et une optimisation des attentes et des besoins des partenaires publics potentiels et du propriétaire.

En tant que membres fondateurs du projet les protagonistes établiront un comité de pilotage.
Il conviendra alors de voter un budget et de lancer un appel d'offre en direction des organismes professionnels concernés.

pour exemple :
l'étude de faisabilité du projet définirait (par une étude architecturale et une étude de programmation) :

les phases
- restauration et aménagement du site nécessaires à la création d'un Centre d'art contemporain
- mise en œuvre progressive des espaces d'expositions avec ouverture au public
- mise en place du projet définitif
/…
les budgétisations
- estimations d'investissement
- estimations de fonctionnement annuel du Centre d'art
/…
les moyens
- définition du statut juridique approprié
- personnel requis
/…

Pour débuter les activités un programme d'expositions peut être établi provisoirement.
ll est envisageable de proposer des interventions d'artistes plasticiens de manière ponctuelle, par exemple durant les périodes d'été.
Cette période transitoire serait également examinée lors de l'étude de faisabilité.

Un pré-budget est établi en détail en mai 2002.

Pour financer cette étude, une aide peut être demandée auprès du Conseil Régional ou de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Poitou-Charentes.

Remerciements à M. Steinitz, M. Viollet, M. Jobbit, M. Kocek et au Service documentation de la DRAC Poitou-Charentes.